La Guerre de 14-18 et l’Économie Mondiale

On observe une sécurité liée au progrès scientifique : la livre sterling, le franc n’ont pas changé en 40 ans. De plus, il y a une accumulation de découvertes scientifiques et techniques qui changent la vie : la vaccination, le train… On observe ainsi une confiance en le progrès.

C’est sur cette croyance que démarre WWI, et comme une boite de Pandore, on observe la Révolution Russe, WWII, la Guerre Froide, la nazisme… C’est à partir de ce moment là que l’on commence  à parler de civilisationS, et non plus de la Civilisation européenne, qui s’étripe dans les tranchées.

Le monde stable est ainsi remis en cause, en particulier entre 1914 et 1945, où l’on passe d’un monde sur à un monde tourmenté et instable.

La Guerre de 14-18 et l’Économie Mondiale

Pourquoi parle-t-on de guerre mondiale ? Il est vrai que si l’on considère les colonies des pays en guerre, la guerre a en effet eu lieu sur tous les continents. Néanmoins, de pays neutres tels que l’Espagne ou la Suisse, neutres, ont étés mélés à la guerre car ils en ont subi les effets : les cours des produits, le commerce, est boulversé par la guerre. L’économie mondiale est affectée par la guerre.

Cette guerre représente une coupure économique majeure : on passe d’une monnaie stable à des boulversements érratiques. Le capitalisme libéral qui semblait être le seul système valable est contesté pendant et après la guerre, voire même menacé…

Beaucoup de ces boulversements induits par la guerre étaient déjà en germe… La guerre a-t-elle engendré ces mutations, ou les a-t-elle seulement révélés et accélérés ?

  1. L’Économie au service de la Guerre
  1. 1.     L’Illusion d’une guerre courte

Tout le monde, au début de la guerre, est convaincu qu’aura lieu une guerre courte. On s’attend, avec les progrès économiques : mitraillette, fusils, chimie, etc… à une guerre courte et efficace. De plus, les économies n’étaient pas prêtes à subir une guerre : l’etat français était excedentaire, 4 à 5% du PIB était consacré à la préparation de la guerre. Cela ne fait pas beaucoup comparé à la préparation à la guerre froide : 7 à 13% du PIB. Les pays étaient entrainés en une forte mondialisation, avec une très grande dépendance sur les autres pays : la Grande Bretagne avait une autosuffisance alimentaire de 4 mois. Les stocks en charbon et en minerai de fer étaient insuffisants en Europe, l’Allemagne importait 40% de ses matières premières industrielles. Les terres les plus riches en France sont les grandes plaines du nord de la France. Or, ces plaines deviennent justement le champ de bataille. Même les fleuves conduisent vers le cœur du bassin parisien.

La première place boursière mondiale, à Londres, a été fermée pendant plus de six mois. Les taux d’escompte ont explosé. Les banques de dépots, qui jouaient un jeu dangereux, empruntant à court terme un argent bon marché et abondant et le pretaient à long terme. Pour ces banques (les 4 D), cette guerre est une catastrophe. Dans tous les pays européens, on a des grandes banques en situation de quasi-faillite. Une des premières choses que doit faire l’Etat est de devoir sauver leurs grandes banques en situation de quasi-faillite : la France sauve la Société Générale.

Un autre problème est la monnaie : si on perd la guerre, que va devenir le franc ? Ainsi, tout le monde cherche à échanger ses francs en or. Ainsi, toutes les grandes puissances déclarent l’inconvertabilité de leur monnaie. L’Angleterre, par contre, maintient la convertabilité de la livre sterling. En effet, l’or ne fuit pas les banques, elle afflue. Elle semble un sanctuaire économique : une île, protégée par la plus grande flotte mondiale. On pense ainsi que s’il existe un endroit où notre or sera en sécurité, c’est bien en Grande-Bretagne.

Le taux de chômage explose. Plus personne n’achète car ils sont mobilisés. On a comparé la guerre à une crise cardiaque de l’économie. Les grandes productions industrielles et agricoles s’effondrent. Ce que tous les Alliés ont commencé par faire est de saisir tous les bateaux allemands dans les ports alliés. On bloque les comptes allemands dans les banques françaises et réciproquement. Certains cours explosent, tels le cuivre, alors que d’autres s’effondrent, comme le coton. L’Inde, l’Egypte, ou les Etats-Unis sont de suite mélés à la guerre à cause de ceci. Durant l’été 14, l’économie mondiale connaît une crise cardiaque.

On se dit que ce n’est pas grave, on règle les petites affaires et on relance la machine. Seulement, le plan Schlieffen echoue. Comment se fait-il qu’au moment où tout allait mal, que les Allemands etaient à 40 km de Paris, a-t-on pu  trouver les forces pour repousser les Allemands, alors qu’on n’a pas pu le faire en 1939 ? Il faut savoir que les Russes ont néanmoins aidé : ils ont attaqué la Prusse orientale en pleine bataille de la Marne.

  1. L’émergence du dirigisme économique

Les Etats sont, avec la guerre, obligés d’apprendre l’intervention économique. Il faut mettre l’économie au service de la guerre, mais pas non plus la nationaliser. Il faut apprendre aux industries à produire non plus au service du consommateur, mais au service de la guerre. Il ne faut pas non plus que les salaires soient trop faibles, car il ne faut pas que le front soit affecté par des luttes sociales. Il faut ainsi un pilotage fin de l’économie et de la société.

Par conséquent, on met en place une certaine concertation entre l’Etat et les entreprises. On demande aux entreprises de se carteliser, cartelisation d’autant plus facile que celle-ci existait déjà de façon latente avant la guerre. L’Etat discute avec les leaders des filières (sidérurgie, coton, etc…), fixe les prix, etc… et à charge de l’entreprise leader de retransmettre les exigences de l’Etat. En Allemagne, on a été très loin dans la direction de l’économie, au point que Lénine s’inspire, pour les révolutions russes, de l’etat allemand en moment de guerre. On crée même une office des matières premières. On retrouve dans ses offices même des militaires. On observe donc non seulement un dirigisme économique mis en place, mais aussi un dirigisme militaire de l’économie. Ce ne sont plus les ministères qui dirigent l’économie, mais des offices où sont présents les ministres, mais aussi l’état major allemand.

En France, en Grande Bretagne, l’armée joue aussi un rôle, mais beaucoup moins important. En France, le socialiste Albert Thomas a été justement un de ces grands ministres du ravitaillement et de l’armement. En GB, c’est Lloyd George, qui avant d’être Premier Ministre a été ministre de l’armement. Il est remplacé par le jeune Winston Churchill à la tête du ministère de l’armement… En France, le ministre du commerce, Étienne Clémentel, a en partie inspiré la politique économique de la France, ses buts de guerre. On peut néanmoins remarquer qu’il y a eu peu de nationalisation.

Les Etats se concertent pour organiser les importations. C’est ainsi que la France, la GB, les USA et les petits alliés créent en 1916 le wheat executive, une commision executive pour les céréales et le blé, où l’on agit de manière supra-nationale. On crée ainsi un fond d’approvisionnement commun, où chacun touche en fonction de ses besoins : qui a besoin de quoi, et qui peut payer quoi. On obtient ainsi un dirigisme économique international. Cette mise en commun des moyens économiques a été une des principales causes de la victoire des Alliés Occidentaux.

Jean Monet a appris quelques unes des recettes qui lui feront acquir l’Europe dans ses commissions executives où l’on a appris une mise en commun des aspects économiques. Le dirigisme économique a de bien autres aspects, en particulier la mobilisation de la main d’œuvre, notamment auprès de la population féminine, qui progresse de plus d’un tiers. Dans l’histoire de l’émancipation des femmes, WWI a été une étape importante. Elles ont ainsi appris a s’occuper de la famille, gérer l’entreprise…

  1. L’Arme Économique

D’emblée, l’on a saisi les bateaux, les comptes des gouvernements, des entreprises, des particuliers. Mais en France, l’essentiel de la chimie des colorants était entre la main des Allemands. Dans la quasi-totalité des cas, l’on a séquestré les biens ennemis, et on a liquidé les entreprises. Mais on en avait besoin, alors on a placé à leur têtes des gérants provisoires. Un autre problème qui s’est levé est celui du transport maritime. Celui-ci offre l’avantage de pouvoir se ravitailler, mais pour l’Allemagne, c’est un désavantage. Elle est donc obligée de développer une industrie des Ersatzs, des synthetiques chimiques. Elle peut aussi se ravitailler chez les neutres, et on est donc obligé de faire un blocus maritime chez les neutres, interdisant toute importation excessive, qui donnerait lieu à une réimportation vers l’Allemagne. Cela ne gène pas tant l’armée allemande, mais plutôt les civils. On observe ainsi un rationnement important, alors que pour la France, on ne manque de rien… Cela d’autant plus qu’il y a eu une mise en place d’une solidarité financière internationale : L’arme financière.

Le problème est que, si on peut avoir accès au cuivre chilien, l’on ne peut le payer. Les Etats font ainsi appel à l’avance des Banques Centrales, quand, par exemple, la Banque de France produit des billets pour le gouvernement allemand. On surproduit de la monnaie. Cette surproduction aura deux effets négatifs : on aura trop de monnaie en circulation par rapport aux stocks d’or disponibles : on devrait donc avoir une inflation. La fixation des prix est devenue l’une des principales mesures de l’économie. Le problème est l’émergence d’un marché noir. On doit donc lutter contre ce marché (ce qui est relativement simple en tant de guerre, tous les acteurs devant des traitres à la patrie). On peut euphémiser l’aspect inflationniste en épongeant de temps en temps la masse économique excessive, notamment en faisant appel aux grands emprunts. Mais si on peut payer les travailleurs français en francs, il n’en est pas de même pour les mines chiliennes. On a l’idée de faire, entre les grandes puissances alliés, de faire comme pour le blé. On fait pour la monnaie comme pour le blé. C’est ce que l’on appelle la solidarité financière inter-alliés. On fait pot-commun de tous les moyens de paiement dont l’on dispose, et ses moyens sont répartis selon les besoins. Ceci permet donc à la France de financer la guerre d’une façon supérieure à ses propres moyens.

Enfin, la GB. Chez elle, l’or afflue. Elle peut maintenir la convertabilité de la monnaie. Elle conduit, de même, une politique financière plus forte. Elle finance la guerre par les impots. La guerre peut-être financée par divers moyens : l’inflation, les emprunts nationaux ou internationaux, ou simplement par les impôts. La guerre coute tellement cher que tout le monde fait tout cela à la fois. Tout dépend du dosage. Ainsi, la Grande Bretagne finance-t-elle la guerre par l’impot par une hauteur égale au quart ou au tiers. Alors que la France est à 15%, voire même 20%, mais pas plus. La Grande Bretagne a moins besoin d’emprunter, et sa monnaie reste donc plus sure, plus valable, plus stable, et bien acceptée dans le monde. Les Alliés Occidentaux ont ainsi une monnaie qui leur permet d’acheter mondialement grâce à la livre sterling : elle peut acheter les armes américaines, le blé canadien, le fer chilien, la laine austrailienne.

Comment l’Allemagne peut-elle déserrer le blocus ? La guerre sous-marine est une tentative de percer le blocus maritime qui l’étrangle.

  1. La Guerre au service de l’Économie
  1. L’Économie, et les buts de guerre allemande

Le Gouvernement allemand est à l’époque dirigée par un chancelier, BETHMANN-HOLLWEG. Il a fait établir les mémorandums, un programme économique, les buts qu’il veut atteindre par la guerre. Ce qui est surprenant, c’est que l’Allemagne se fixe très peu de buts territoriaux. Bien entendu, certains sidérurgistes allemands souhaitent que l’on annexe une part plus grande de la Lorraine. De même, certains gros industriels allemands voudraient que l’on conquiert une partie de l’Ukraine, riche en charbon. Beaucoup d’entre eux rêvent simplement d’une zone économique garantie, une zone Mark où le commerce serait dominé par l’Allemagne et où les frontières seraient ouvertes aux industriels allemands.

On rêve d’un marché commun qui soit un MITTEL EUROPA, où l’Allemagne disposerait d’un avantage commercial. Elle compte ainsi sur la guerre, sa puissance militaire et le rapport de force qui en découlera pour imposer l’ouverture des frontières.

Mais tous les industriels allemands revent-ils de ceci ? Ce sont surtout les industries les plus traditionnelles : textiles, sidérurgie, etc… Les industries les plus modernes, les Siemens, les RATHENAU ou les AEG, ne sont pas des adeptes de la MITTEL EUROPA. Ils rêvent de la Weltwirschaft, l’économie monde. Certains sont frileux, d’autres rêvent du grand large.

  1. L’Économie, et les buts de guerre franco-anglais

Ces deux pays sont regroupés car ils ont le même but : enrayer le déclin. Une des raisons pour lesquelles certains milieux se sont laissés roulés par la guerre est la croyance que la guerre casserait l’avancée de l’économie allemande. Par conséquent, la France espère récuperer l’Alsace Lorraine, mais aussi d’une espèce de zone commerciale avec la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, même quelques etats allemands. On construirait ainsi une espèce de marché commun autour de la France. La France aimerait de plus que l’on poursuive la guerre économique, même une fois la guerre militaire terminée. Elle revait d’un monde où la solidarité inter-alliée serait maintenue, même après la guerre, pour poursuivre la guerre économique contre l’Allemagne, ceci pour parachever le travail et arrêter le développement d’une Allemagne devenue trop forte.

Les Anglais font semblant d’être d’accords. Ils sont en grande partie en accord avec les Français, mais tout le monde n’est pas d’accord. Ceci est aussi vrai en France, notamment parmi les grands patrons les plus éclairés : PEYRIMHOFF estime que si l’Allemagne est très forte sur le plan économique, ceci est légitime. Il affirme que si l’économie est puissante, elle joue néanmoins un rôle de locomotive, et ce n’est pas en faisant sauter la loco que l’on fera avancer le train de l’économie mondiale. On a d’ailleurs peur de voir l’Alsace Lorraine être rattaché à la France : elle ferait un secteur de concurrence énorme. L’industrie textile française, la sidérurgie, craint ce retour.

On imagine déjà que l’on vendra les produits de l’Alsace Lorraine sur le territoire allemand, pour pas que cela vienne affecter le commerce en France. Mais ces peurs sont les mêmes en Allemagne, qui ont peur de la concurrence…

La Grande Bretagne est ainsi officiellement d’accord avec la France, mais les milieux économiques se disent qu’il ne va pas falloir agir ainsi. Ils pensent qu’on aura plus besoin de l’économie allemande que de l’alliance française.

  1. 3.     Les Etats-Unis et leur conception de l’économie-monde

Tout d’abord, les USA profitent de la guerre, et instaurent une doctrine Monroe économique. Pendant la première guerre mondiale, les européens, aux prises avec un financement difficile, sont obligés de rappatrier leurs capitaux. Désormais, les capitaux américains sont beaucoup plus importants au Canada que le sont les européens. En 1916, dans la révolution méxicaine, les USA interviennent militairement pour protéger leurs profits. Ils profitent donc de la ruine des puissances européennes pour prendre leur place sur le marché européen.

Mais ils n’ont pas de front : leur puissance industrielle est multipliée par 2. Ils vendent au monde entier, aux français, aux anglais, et à tous les neutres, qui n’attendent pas que l’on aie fini la guerre pour acheter leurs produits manufacturés. Les américains prennent les marchés mondiaux que les européens laissent latents. Les Etats-Unis atteignent ainsi une maturité économique et financière. Par conséquent, la balance commerciale des Américains devient très excedentaire. Les USA deviennent une puissance financière majeure, et pour consolider cette puissance, est crée en 1916 la réserve fédérale américaine, appuyée par un réseau de 12 banques fédérales, telle une Banque Centrale.

Les USA deviennent ainsi une puissance économique, mais aussi monétaire et financière mondiale, et ils se dotent des outils nécessaires pour gérer cette nouvelle force.

Bien sur, les USA vont dans le sens des français, revant d’une guerre économique contre les Allemands. Néanmoins, pour les industriels américains, un partenariat avec l’Allemagne sera nécessaire. Ils sont donc partagés entre l’isolationisme américain, soutenant politiquement les alliés français, et celle de l’open door, l’économie monde, où l’industrie américaine aurait pour principale alliée l’industrie allemande.

La ligne de clivage passe non pas entre les pays, mais à l’interieur des pays….

III. Le Bilan de la Guerre

 

  1. Les pertes humaines et matérielles
    1. a.     Une atteinte du capital humain

Cette guerre a avant tout été un massacre, tuant 10 millions de personnes, entrainant des conditions déplorables, provoquant l’apparition d’une des plus graves épidémies que le monde aie connu : la grippe espagnole. La presse anglaise et française était mise sous censure. Il était donc interdit d’en parler, alors que la presse espagnole était libre. D’où l’impression que cette grippe était espagnole, alors qu’en réalité elle était asiatique et aviaire. Elle a tué plus de personnes que la guerre elle-même.

Du point de vue des pertes humaines, la guerre a été une catastrophe. En France, la plupart des morts était des jeunes. Le % des pertes par rapport à la population active est le plus élevé en France : 10,5%, en Allemagne, 5,1%, 0,2% aux USA. Des pays comme la Serbie ont eu 11% de leur population active tuée dans la guerre.

Cela entraîne, de plus, un vieillissement de la population, et une féminisation de celle-ci. On retrouve ainsi beaucoup de veuves, beaucoup de jeunes femmes qui ne trouvent pas d’hommes. Il faut aussi combattre l’image de WWI où on aurait utilisé les paysans et les ouvriers comme chair à canon et où les officiers, les gens instruits ont été épargnés. Au moins les officiers de rang moyen ont enregistré un taux de mortalité souvent double ou triple à celui des soldats moyens. 41% des éleves de l’ENS ont étés tués pendant WWI. Il y a ainsi un aspect qualitatif dans les pertes humaines.

Il y a également eu, en France, 1,500,000 invalides, 500 000 veuves, 900 000 ascendants que l’Etat a du prendre en charge. Le premier poste budgetaire en 1925 était le paiement des dettes et des indemnités de WWI. On en arrive a un point où il faut déjà payer la deuxième alors que nous n’avons même pas fini de payer la première.

Le territoire français a été extremement affecté par la guerre. Etant donné que la guerre a eu lieu en plein milieu des mines de charbon et des grandes plaines productrices de blé. La production de charbon est ainsi devenue quasi-nulle. La production de blé en 1919 était à 1/3 de sa capacité. Les troupeaux, porcins, ovins, de 20 à 40% de ces troupeaux ont disparus. Pour le seul cas de la France, ces pertes et destructions montent à 55 milliards de francs-or. Cela représente 15 mois de revenu national du type 1913.

Lorqu’on a signé le traité de Versailles, on a demandé à l’Allemagne d’indemniser les pays détruits. On est arrivés à se mettre d’accord en 1921 lors des accords de SPA en Belgique qui répartissent les réparations. La Russie a été exclue de ces réparations, pour fait de révolution. Ce partage n’est pas juste, car c’est grâce à son offensive courageuse que la France a pu gagner la bataille de la Marne. La cause géopolitique : le royaume communiste de Lénine devient l’ennemi majeur. La France se voit attribuer 52% des droits à réparation. L’Empire Britannique 22%, 10% pour l’Italie, 8% pour la Belgique.

Il y a eu des choses plus péjoratives pour l’économie et l’emploi que la destruction d’une maison ou d’une voie ferrée : notamment les marchés perdus…

  1. Le Bilan Économique

L’Europe est particulièrement atteinte dans ce bilan économique. L’été s’est vu comme une crise cardiaque de l’économie européenne. L’économie, petit à petit, a repris. Certains secteurs ont d’ailleurs connu une forte reprise : les secteurs de guerre, comme l’industrie mécanique ou chimique. Le niveau de ces secteurs tels qu’ils l’étaient en 1913, et qu’on rammène cela à la base 100, on obtient 140 ou 150 dans la plupart des pays bélligérants. Si l’on prend des grandes entreprises comme Renault, les Siemens, Austin,… ces grandes entreprises ont largement étés reconverties vers la production de guerre. Renault fabriquait des chars. Si l’on regarde une firme comme Dupont de NEMOURS, les profits accumulés correspondent à 40 années de profit d’avant guerre.

Mais toute l’économie n’a pas progressée ainsi. Les secteurs comme les batiments ne représentent plus que 40% de ce qu’ils représentaient en 1913. La production industrielle de 1913 ramenée à la base 100, où en était en en 1919, la première année sans guerre ? La production industrielle est à l’indice 70, en Allemagne à l’indice 59, en Grande Bretagne, 93. Cela montre que l’on produit trente pourcent moins qu’en 1913. Il faudrait, pour réaliser l’étendu des dégats, comparer ces chiffres aux estimations de notre production en 1919 sans la guerre. En effet, on était en période de forte croissance en 1913, et ainsi on aurait atteint un indice de 130.

Le déficit commercial : nous n’exportons plus, nous importons énormément. Pendant les 5 ans de guerre, la France a accumulé un déficit commercial égal à 41 années de déficit d’avant guerre. Les exportations allemandes de 1913, affectées de la base 100, nous révèlent en 1918, un indice de 28.

La cumulation de ces pertes, humaines et économiques, créent un poids énorme sur l’économie française.

Les USA ont eux, au contraire, fortement gagné de cette guerre. Le PNB américain a progressé de 50%, ils changent d’échelle économique. Nous regressons d’au moins 30%, eux progressent de 50%. Il faut faire la différence entre leur avancé et notre recul pour réaliser l’écart qui se creuse entre nous. Par ailleurs, les USA, qui avaient une balance commerciale excedentaire, avaient une balance des comptes qui étaient déficitaire, car ils financaient beaucoup de services. En 1919, la balance des comptes et des paiements courants devient excedentaire. A partir de ce moment la, les USA financent le monde, de 1919 à 1987, même durant les années de « The Great Depression ».

La Nouvelle Zélande, le Canada, l’Australie ont-elles aussi profité de la crise, car elles produisaient des matières premières que nous nous ne produisions plus. Il y a, dans une certaine mesure, dans les pays neufs, un certain processus de maturation. Leurs progrès n’ont pas été tant économiques plutôt que le fait d’apprendre à se débrouiller sans l’Europe. Le Japon a lui aussi profité de la guerre, d’ailleurs même militairement. Il en a d’ailleurs profité pour reprendre certaines îles, telles les îles Marshall, ou reconquérir des marchés, tels la Chine. Elle profite d’ailleurs d’une plus faible présence anglaise. Mais ce profit lui monte à la tête… il investit massivement dans la marine de guerre. En 1921, le Japon doit être rappellé à l’ordre lors d’une conférence par les Etats-Unis. Le Japon, dans le rapport des forces, il surdimensionnait sa flotte par rapport à sa sécurité flotte. Ainsi, on pouvait y voir une peur des Etats-Unis. L’Amérique Latine en a profité, Buenos Aires s’est par exemple recouverte de magnifiques batiments. Néanmoins, la structure sociale est insuffisante dans ces pays pour permettre un développement indépendant de ces pays : il y a des trop riches et des trop pauvres. Les trop riches expatrient la richesse, les trop pauvres n’investissent pas du tout.

Le monde colonial a-t-il profité de la guerre ? Il n’y a pas de réponse précise. Certaines colonies, fournissant du caoutchouc naturel par exemple, y ont fortement gagné. D’autres, dont l’économie dépendait du café, du cacao, ont-elles souffert de la guerre. Globalement, le monde colonial a plutôt souffert de la guerre. Le monde colonial vendait des produits bruts à des métropoles où l’activité économique s’était réduite. La contraction de l’activité économique des métropoles a eu un effet défavorable. De plus, on a utilisé des hommes, comme les tirailleurs sénégalais. Les anglais s’en sont moins servis, mais néanmoins… les soldats anglais que l’on faisait quitter l’Afrique étaient remplacés par des soldats indiens.

Il n’y a pas eu de reflexion à la suite de la guerre sur le respect à devoir aux colonies. En effet, l’attitude s’est même durcie, notamment durant les révoltes du RIFF, écrasées avec une très grande violence. La France a d’ailleurs envoyé le Maréchal Pétain, grand vainqueur de Verdun.

WWI pousse les métropoles à se dire que dans ce monde dangereux, instable et imprévisible, peut-être que les colonies vont se mettre à jouer un rôle plus important que par le passé. L’importance stratégique des colonies et de l’empire a été réévalué à la fin de WWI, et a poussé les pays à reserrer leur emprise sur leurs colonies.

  1. Bilan Financier

La part de la guerre payée par l’impôt était, pour l’Angleterre, de 25%, 15% en France. Le reste a été payé de deux manières : d’un côté la dette, l’emprunt, notamment auprès des USA, et de l’autre coté la fabrication de monnaie, par l’inflation. Quand on paye une guerre par l’emprunt, on fait payer les français adultes de 1925 à 1939. On fait la guerre à crédit, et on la fait payer par les générations futures. Mais quand on paie la guerre par l’inflation, on fait payer la guerre par les générations passées. On étale ainsi le coût de la guerre sur plusieurs générations : les générations passées, présentes et futures.

La mesure de l’inflation et la mesure de l’endettement sont importants pour évaluer le coût de la guerre. En France, la masse monétaire a été multipliée par 5. La quantité d’or elle, n’a pas augmenté. Avec l’or en stock, la banque de France ne pourrait rembourser que 20%. La Reichmark pourrait rembourser seulement 10%. Ceci induit un mécanisme d’inflation. En France, les prix ont été multipliés par 3. Mais ceci est dû aux politiques de lutte contre l’inflation, sans quoi les prix seraient montés bien plus. Par 4 en Italie, par 2,5 en Angleterre, et même les pays neutres ont étés touchés, de 3 à 4% en Suisse, en Espagne. Les salaires quand à eux n’ont pas étés multipliés par 3 ou par 4, et on observe ainsi une véritable crise sociale.

La France sort endettée de la guerre, mais sort-elle tellement endettée que ca ? A la fin de la guerre, elle doit 4 milliards de dollars aux USA, et 3 milliards de dollars à la Grande Bretagne. La France elle-même a prété de l’argent à d’autres alliés, et l’on doit 4 milliards de dollars à la France. Par conséquent, l’endettement net de la France est de 3 milliards de dollars. Mais cela ne veut rien dire. L’Etat Français sort non seulement intact mais aussi grandi de la guerre, victorieux. L’argent que la France a prété, elle l’a prété à des nations fragiles, tels la Serbie, ou la Russie. On n’a d’ailleurs pas interêt à demander cette argent car l’on affaiblirait des alliés précieux.

L’endettement exterieur n’est apparement pas très lourd, mais est plus lourd que visible. La France est d’ailleurs endettée auprès des français. Elle a une dette intérieure à peu près égale aux deux tiers de sa dette totale. Or, une dette intérieure demeure moins lourde qu’une dette exterieure. On peut en effet réduire la valeur de la dette en réduisant la valeur de la monnaie, par l’effet de l’inflation. La dette exterieure est-elle libellée en francs-or, livres sterlings, dollars. D’autre part, une dette exterieure à des conséquences géopolitiques plus graves. De plus, toutes les dettes intérieures ne se valent pas. Il existe les dettes à long terme et les dettes à court terme. Ces dernières sont les plus dangereuses. On observe ainsi une opération de consolidation de dettes, qui consiste a transformer les dettes à court terme en dettes à long terme. On procède à un grand emploi sur 20 ans nous permettant de rembourser les prêteurs à court terme. L’inflation va réduire les dettes à court terme.

La dette Britannique est aux deux tiers intérieure, mais elle est majoritairement consolidée. La France, quand à elle, se retrouve avec une dette aux deux tiers intérieure, mais elle est majoritairement à court terme. La raison pour ceci est que nous avons tant d’urgences à régler que nous n’avons pas le temps de consolider nos dettes. La France espère ainsi les réparations allemandes… le montant est fixé en 1921, 132 milliards de marks-or. Dans la meilleure des hypothèses, les Allemands auraient dû payer chaque année 5% de leur PIB jusqu’en 1965, puis après réévaluation, payer l’équivalent d’un choc pétrolier chaque année jusqu’en 1985.

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